Anaïs
Par Taho! le mercredi, juillet 22 2009, 09:12 - Lis mes ratures - Lien permanent
Ma belle Anaïs,
Tu es aujourd'hui en âge de comprendre ce que je vais te raconter. Alors que je t'écris cette lettre, tu es à la veille de ton dix-huitième anniversaire, tu ne seras plus une petite fille, tu seras une femme.
Je t'ai connue à l'âge de 4 ans, je ne me souviens plus comment on en est arrivés là, mais ta mère m'avait caché ta naissance tout ce temps. Quand elle est partie, je ne sais comment ils ont fait pour retrouver ma trace et ma paternité. Il n'empêche que de ce jour là, je devais m'occuper de toi. Encore tout remué par cette nouvelle, je me mis en route pour te chercher, prendre soin de toi, apprendre à te connaître et à t'aimer.
Les souvenirs de ce jour là restent gravés dans ma mémoire. Je suis venu te chercher dans le quartier qui t'avait vu naître et grandir, petit bout de femme en robe bleu marine et aux longs cheveux bruns. Tu n'avais que quelques années, mais tu avais déjà tellement vécu, et j'avais manqué tant de choses...
Avec ta grand-mère venue m'accompagner, nous sommes partis en route pour la maison, ma maison et donc la tienne à compter de ce jour. Je n'avais d'yeux que pour toi, ton visage, ta peau doucement bronzée, tes grands yeux gris-verts, tes petites dents blanches qui se découvrent quand tu ris, tes petits doigts qui serrent les miens quand je tiens la main ! Nous nous sommes arrêtés quelques heures plus tard pour déjeuner, dans un petit village, étape de notre trajet. La place, ombragée par un arbre centenaire, semble hors du temps et tous les trois, nous vivons pleinement ce moment d'éternité. Le temps d'une minute, le temps d'échanger quelques mots avec ma mère, tu avais disparu ! Je me lève aussitôt, manquant de retourner la table et notre déjeuner. La place est vide. Tout affolé, je commence à courir en tous sens, à ta recherche et lorsque je crie ton nom, je te vois accourir du coin d'une maison, « Papa, y'a des jeux là ! » avant de sauter des mes bras pour un câlin...
Te serrer dans mes bras ainsi m'en fait oublier la peur que je viens de ressentir à l'idée de de perdre déjà. Je te repose à terre et, accroupi devant toi, je te sermonne pour la forme puis te donne ma première leçon, ne jamais marcher ou courir seule en dehors des trottoirs dans la rue et attendre avant de traverser. Je t'apprends dans le même élan à traverser la rue en me tenant par la main et à deux, nous enjambons les bandes blanches qui nous mènent de l'autre côté. « Tu vois, c'est comme des rails. Tu sais ce qui roule sur les rails ? » Tu me regardes fièrement, droit dans les yeux, « Un train ! » Nous éclatons tous trois de rire et tu me sautes au cou pour un nouveau câlin. Tandis que tu serres ma nuque de tes petits bras, tandis que tu te blottis contre moi, retentit le générique de Twin Peeks !
La sonnerie de mon portable faisant office de réveil me tire hors des bras de Morphée. J'ai rêvé !
Ecris à l'origine pour Jeux de mots - A ma fille...
Première publication le 14 mars 2006

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