Colocataires
Par Taho! le mercredi, juillet 15 2009, 09:12 - Lis mes ratures - Lien permanent
Depuis septembre, nous sommes colocataires. Elle s'est installée à la fin de l'été, elle a pris son coin de l'appartement, nous vivions chacun de notre côté.
Très rapidement, nous avons fait connaissance, un lien s'est créé, nous n'avions plus de secrets l'un pour l'autre. Nous passions beaucoup de soirées ensemble. L'ambiance changeât vite à la maison et nous faisions plus que partager l'appartement, nous partagions nos vies.
Quand, quelques temps après son arrivée, je lui ai annoncée que je partais en vacances, elle n'a pas réagi et je suis parti, mon sac sur l'épaule, m'aérer l'esprit. Quelle surprise quand je la vis débarquer sur mon lieu de villégiature quelques jours plus tard ! Je devais lui manquer, elle m'a accompagné la majorité du temps et a fait le trajet retour avec moi.
Après cela, j'ai commencé à naviguer pas mal, à gauche, à droite pour voir mes amis, absent du vendredi soir au dimanche soir. Elle faisait sa vie de son côté, nous nous retrouvions à mon retour, le temps de se raconter nos excursions respectives. Ou plutôt je me contentais de l'écouter, car souvent épuisé, je n'avais pas la force de répondre.
Ainsi nous avons pris un rythme de vie, la semaine ensemble, le reste du temps chacun de son côté. Elle payait sa part du loyer, participait aux courses, m'aidait à faire à manger, presque une vie de couple ! L'intimité se réduisait comme peau de chagrin et je n'avais presque plus de secrets pour elle, nous passions tout notre temps libre ensemble.
C'est ainsi que, sans m'en rendre compte, elle finit pas prendre toute la place. Je ne pouvais presque plus faire un pas dehors sans elle. Elle dormait avec moi. Elle fini même par m'accompagner au bureau. Je ne trouvais pas la force de lui demander de me laisser tranquille. Elle s'invita lors de mes excursions, mes amis firent ainsi sa connaissance. Toujours plus envahissante, elle en venait à parler pour moi !
Un matin, elle était partie, sans un mot. Je me suis rendu au bureau, surpris, mais pour la première fois depuis son arrivée, la tête au clair, le cœur léger. Je m'attendais à la retrouver en rentrant le soir. Personne. Très vite, je repris possession de son coin de l'appartement, oubliant vite qu'elle avait pu partager ma vie ! J'occupais de nouveau toute la place dans mon lit, dans ma vie. Je prenais un nouveau départ, je changeais d'emploi, je changeais de vie.
L'accalmie fut de courte durée, elle était de retour un dimanche soir, elle m'attendait, elle voulait rattraper le temps perdu, refaire partie de ma vie, prétextant que nous ne pouvions que vivre ensemble. Une fois de plus, je n'eus pas la force de la mettre à la porte. Mais cette fois, ça ne dura qu'un temps et au retour du week-end suivant, je lui fit comprendre qu'elle devait déménager, que ce n'était plus possible de continuer ainsi, je commençais à en perdre la raison. C'est donc enfin seul que je passais la fin de l'année et le réveillon.
L'année commençait bien, ce nouveau départ arrivait enfin, nouveau boulot, nouvelle vie ! Les semaines se sont enchaînées, elle avait disparu de ma vie, je n'avais plus de nouvelles et c'était très bien ainsi. Mais au fond de moi, ces quelques mois passés ensemble avait laissé des traces, je ne serais plus le même. Les semaines se sont ainsi enchaînées. De temps en temps, je retombais sur des affaires qu'elle avait laissé pendant son déménagement, mais jouant un moment avec, je me rappelais les souvenirs, sans nostalgie aucune, ça faisait partie de mon ancienne vie.
Vint une coupure qui interrompit le rythme de vie que j'avais pris, je fus absent de la maison un certain temps. A mon retour, au milieu du courrier, je trouvais une lettre. Elle m'écrivait pour prendre des nouvelles. Je ne répondis pas, je ne voulais pas entendre parler d'elle. Je ne voulais plus la revoir. Elle appela, elle laissa un message sur mon répondeur. D'entendre sa voix, d'autres souvenirs refaisaient surface. Je ne donnais jamais suite, mais elle continuait à insister.
Un soir, elle était à ma porte. Je n'ai rien dit, elle est entrée sans ma permission, j'étais comme un fantôme. Elle s'invita à dîner, elle passa la soirée à la maison. Et la nuit. Elle voudrait revenir, reprendre sa place, revivre comme avant. Mais le lendemain, elle avait disparu de nouveau, sans donner signe de vie.
Aujourd'hui, elle est passée me voir au bureau. L'hiver est long, les journées sont fatigantes et je n'arrive pas à la chasser. Toutefois, je parviens à la cantonner dans sa partie de l'appartement que nous partageons de nouveau. Elle a refait surface dans ma vie. Je sais qu'un jour, je parviendrai à la chasser définitivement. Mais pas ce soir.
Je ne sais pas pourquoi. Elle ne m'a pas manqué.
Première publication le 2 mars 2006

Commentaires
TRès belle écriture!
En fait je venais suivre le roman de l'été qui est parti d' Aude nectar du net...j'attends j'attends.
Qqchose me dit dans ce texte que tu ne parles pas d'une femme n es ce pas ? (un animal? une migaine ? une dépression )
Bah chais pas moi j'imagine tout
A bientot de te relire
Pareil. Je me suis retrouvée ici pour le cadavre exquis, et j'ai beaucoup lu. Ce cadavre nous a permis de trouver plein de nouveaux blogs tous enrichissants...
Super écriture, originale...
Idem je cherche qui est ta colocataire...
A bientôt !
Voilà, je suis rentré de vacances et je me suis attelé à la suite du cadavre. Livraison très bientôt !
Bergie : Merci pour les compliments, ça me touche beaucoup ! Tu as trouvé, en effet, c'est bien une déprime (et non une dépression) qui a habité chez moi pendant quelques temps.
Calpurnia : Et donc non, ce n'était pas une femme qui a habité avec moi pendant tout ce temps...
Pour beaucoup, ce texte est un de mes meilleurs. C'est pour moi un de ceux grâce lequel je me suis le plus libéré...